Banlieues

Les jours ici n’étaient pas tous de la même longueur. Certaines semaines, rien d’exceptionnel ne se passait.
Et puis finalement, notre banlieue finissait toujours par tenir ses promesses. On prenait le train pour la gare Saint- Lazare. Les gens insistaient souvent sur le temps que ça leur prenait pour aller à la gare, pour en revenir. Ils disaient : 7 minutes (Asnières), 8 minutes (Bécon), et on jetait des regards suspicieux sur les affichages, quand on attendait un train, pour savoir si c’était vrai. Et je crois bien que oui, c’était vrai. On n’était pas vraiment à l’écart. Pour paris, il suffisait de prendre le train.
(...)
Dans le train de banlieue on traverse le fleuve tellement vite qu’on ne peut pas voir les deux berges en une seule fois. Il y a tellement d’endroits à voir, du côté de La Défense, ou de l’autre côté, on ne sait jamais exactement où on est et ce qu’on voit. On se rend compte qu’on est dans un immense quartier, on ne pourra jamais le connaître en entier. Il n’y a pas de début et pas de fin. Mais pourtant, par la vitre du train, en marchant dans les rues autour de l’école et du lycée, en se rendant les uns chez les autres, on finissait par s’étendre, connaître des endroits. Nous ne les avons jamais oubliés. A part ça, immense, que nous n’avons jamais oublié, ici, en banlieue, c’est vide...

Dominique Fabre
Pour une femme de son âge.
Fayard 2004